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Il faut d’urgence revenir à un soutien vigoureux du monde rural au Sud et à l’Est de la Méditerranée

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Jun 22, 2016 / 0 Comments
   

De plus en plus de spécialistes estiment que le printemps arabe mais aussi de graves troubles politiques de la région (comme la guerre en Syrie) trouvent une partie  de  leurs origines dans la dégradation des conditions de vie dans  les campagnes  et d’abandon de leurs paysanneries. Ce constat est fait  depuis plusieurs  années par le CIHEAM qui tente d’alerter les décideurs (voir le rapport Méditerra 2009 consacré au monde rural et le n° spécial de la revue Machrek-Maghreb de l’été 2013).

 

Quatre grands défis menacent en effet  le monde rural au Sud et à l’Est de la Méditerranée : 1) la sécurité alimentaire, 2)  celui de l’emploi des jeunes et de la pauvreté rurale 3) de la  préservation des ressources naturelles confrontées au changement climatique  4) et d’un modèle de développement et de  croissance agricole plus inclusif.

 

Les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) sont dans une dépendance alimentaire très forte vis-à-vis des marchés mondiaux. Leur sécurité alimentaire est tributaire de ressources financières extérieures instables. Les chiffres examinés parlent d’eux même dans cette région très consommatrice de céréales. La croissance démographique s’accompagne d’un processus d’urbanisation alimenté par un exode rural massif, et le tissu économique dans les pays est trop peu dense pour employer des actifs nombreux et jeunes arrivant sur le marché du travail. Partout dans les PSEM, les dynamiques démographiques conjuguées à des politiques agricoles de modernisation agricoles ou à des stratégies de survie de populations rurales pauvres contribuent à une dégradation de ressources naturelles rares. Cette dégradation du capital naturel a un coût économique qui hypothèque le développement agricole et rural. Ainsi, la durabilité des ressources naturelles, leur préservation ou leur mode d’exploitation rationnelle reste une question majeure.

 

Les taux de pauvreté restent généralement très élevés dans les zones rurales où le secteur agricole est dominant. De nombreuses études (l’organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, FAO, 2016) montrent que les ouvriers agricoles et les exploitants agricoles demeurent parmi les populations les plus pauvres et qu’il y a une relation entre la pauvreté, le taux de chômage et le niveau de rémunération du travail et des emplois. Tous les modèles de projection portant sur le climat s’accordent à prévoir dans la région une augmentation de des températures moyennes, une baisse des précipitations moyennes annuelle entrainant  un risque accru de désertification et de  dégradation des sols.

 

En réponse, de nombreux facteurs fondent  la construction d’une offre de produits méditerranéens pariant sur la typicité et la qualité. La promotion de cette qualité ouvre ainsi un espace pour penser différemment le développement agricole, qui permettra  aux producteurs de définir des modèles alternatifs de production selon d’autres critères de production. La stratégie de différenciation et de promotion de la qualité permettra aux acteurs économiques d’échapper à des formes concurrence directement influencées par les coûts ou par les écarts de productivité.

 

Je pense qu’il est grand temps d’agir et je pense aussi que  des facteurs externes comme la chute de prix du pétrole ou les migrations pourront être autant de facteurs  déclencheurs d’une relance agricole.

 

Les élites originaires des PSEM doivent reconsidérer rapidement un soutien fort au secteur agricole  et la  coopération avec l’Europe sur ces questions du développement rural doit être relancée. Une forte capacité de création d’emploi est à la clé ainsi que et des devises préservées. 

 

Dr. Omar Bessaoud

CIHEAM-IAMM - Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier

 

Docteur en Sciences économiques et diplômé supérieur d’études politiques (Universités d’Alger et de Montpellier).  Enseignant chercheur à  Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (membre du CIHEAM), spécialisé dans les politiques publiques agricoles et rurales dans les pays méditerranéens.

 

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